Retour Index

Vous avez dit Carré Rond?

par Anthony DEGOIS

Vous avez dit Carré Rond ?


Qu'est-ce que le Carré Rond? Un fantasme de mathématiciens? Un dessin d'Escher inédit et récemment exhumé? Le titre vulgarisé de "la Quadrature du cercle pour les Nuls"?


Si l'on habite à Marseille, l'on sait que ce n'est rien de tout cela. Le Carré Rond est un théâtre; ce qui ne l'empêche pas de cultiver le paradoxe. Et pas seulement parce que depuis sa création on y joue les sommets de l'absurde Ionesco (La Cantatrice Chauve et Rhinocéros) . Non, le paradoxe c'est une seconde nature au Carré Rond. Il n'y a qu'à jeter un oeil au reste de la programmation pour s'en rendre compte:

- un Huis-clos pour lequel il faudrait ouvrir grand les portes du théâtre afin que tous ceux qui le désirent y trouvent une place;

- un "Oh! Les beaux jours" dont on cultive la noirceur;

- un Misantrophe qui devrait plaire " à tout le genre humain".

- une Métamorphose de Kafka, un récit pas fait pour les planches bien que le personnage principal passe son temps à ramper sur le sol.


Il paraitrait même qu'on y représente à plusieurs reprises et avec succès un Spectacle de ce soir qui n'aura pas lieu.


C'est que dans ce petit théâtre de 46 places, on prend de l'auteur. Car on y possède la plus modeste des prétentions: servir les textes plutôt que se servir d'eux.


Dans la fameuse Querelle des Anciens et des Modernes, la troupe du Carré Rond aurait certainement choisi de ne pas choisir ou alors de ne prendre que le meilleur des deux. A la porte, c'est Molière qui accueille le spectateur, un Molière plume à la main et écouteurs d'Ipad aux oreilles comme si le dramaturge cherchait dans la rue des 3 rois la confirmation que ses personnages sont intemporels.


Si vous n'êtes pas convaincu de ce goût du paradoxe, passez devant le théâtre un vendredi ou samedi soir vers 22 heures. Ce n'est plus l'heure de répéter et pourtant les applaudissements reprennent, à croire que le public (trop mauvais acteur pour jouer l'enthousiasme) connait lui aussi son texte par coeur. Dans ce tourbillon d'enthousiasme, les acteurs vont et viennent entre la scène et les coulisses. C'est qu'ici on ne tarit pas des loges.


Enfin difficile de croire, face à un tel professionalisme, que derrière ces acteurs, ces créateurs, ces metteurs en scène se cache une troupe d'amateurs. Mais dans "amateurs", n'y a-t-il pas le verbe "aimer"? C'est vrai qu'il y a de l'amour au Carré Rond: du nom de son cofondateur aux acteurs qui aiment le théâtre et qui donnent envie de l'aimer. Alors on peut tous les couvrir de ce mot d'amateur car ce n'est pas le moins prestigieux de leur costume.


A. D.