Henri-Michel POLVAN

 

                     PÂLE Ou LA DEFAITE

 

Le personnage principal qui se nomme Pierre et qui change de prénom au fil de l’histoire, au gré de la narration nous projette dans des situations déstabilisantes. Un texte tout de poésie qui nous emporte sur une mer agitée où il n’est pas toujours facile de surfer sur le sommet des vagues sans se laisser engloutir.

Ce personnage qui se dévoile par un effet de miroir, nous fait partager son mal être sans aucune pudeur. Le désarroi et l’anéantissement qui pèsent sur lui, le murent dans un repli sur lui-même si fort, que le silence sera le ciment de son entêtement à refuser la vie. Cette vie dans laquelle il ne veut reconnaître que le négatif qu’elle lui propose. Sa résistance est telle qu’il redoublera d’arguments destructeurs, chaque fois qu’il ressentira un relâchement  qui pourra lui laisser penser que la vie veut sournoisement prendre un ascendant sur lui. Il va même envisager la mort comme seule solution, Mais là encore, son choix ne lui semble pas acceptable. Totalement déstabilisé il ne sait plus qui il est, ni qui il pourrait être. Ce qu’il sait cependant c’est que rien ne lui sera imposé, quant à son acceptation de saisir l’éventuelle opportunité qui lui sera donnée de revivre sa vie. Parfois cette volonté renaît en lui lorsque le doute arrive à percer la carapace qu’il s’est construite. Il est partagé entre ce qu’il considèrerait comme une faiblesse le seul fait d’abandonner le combat, et le retour à la réalité. Un passé lourd de conséquences qui le met dans ce profond désarroi pourrait être lié à une mort, dont il a été très affecté, le contraignant au silence dans lequel il s’est installé. L’écriture lui offrira une solution possible lui permettant d’exorciser les démons qui l’habitent. Par le truchement d’un livre aux pages blanches la reconstruction devient possible. Il lui suffira pour cela d’y mettre les mots, qu’il garde prisonniers, en les destinant à d’autres que lui, pour parler de vie, de sentiments et d’amour, choses qu’il s’interdit pour lui-même. Et puis, peut être L’AMOUR…………………

S.P.

Les  Vagues vives 
Elisabeth PUJOL

Prix de l’Académie des sciences, lettres et arts de Marseille, 2016

 

 

     Ce roman est très intéressant sous différents aspects. D’abord par l’histoire elle-même, celle d’une famille juive dont les héros sont inspirés de personnes ayant existé, ensuite par les voyages qui nous sont proposés à travers les différentes régions du proche et moyen orient, et enfin par un éclairage sur l’Histoire qui à marqué la période entre deux guerres durant laquelle l’Empire Ottoman sur le déclin a été a l’origine de traités qui ont eu pour conséquences le déplacement des frontières et le climat malsain dans lequel se sont agités les peuples. Le fanatisme s’installant a alimenté le racisme qu’ont eu à subir certaines communautés, contraintes à l’immigration. Souvent l’installation dans le nouveau pays d’accueil ne réglait pas le problème pour autant. C’est en cela que cette histoire est bouleversante. Elle l’est d’autant plus, lorsqu’on ne peut s’empêcher de mesurer la grandeur de ce drame qui a touché des millions de personnes. Est-il besoin de rappeler ces crimes contre l’humanité qu’ont été la Shoa et le Génocide Arménien.

     L’histoire de cette famille née des cahiers de souvenirs de SOL nous rapporte heureusement des moments agréables, par les descriptions qui nous sont faites de ces pays d’Orient. Notamment de l’Egypte, pays dans lequel elle a longtemps vécu. Les pyramides et le sphinx sous l’éclairage de RÂ, le sable du désert, les mystères de la civilisation Egyptienne nous habiteront à nouveau. La mer méditerranée, la mer noire, la mer morte et d’autres eaux qui nous incitent au voyage. Les mélomanes y trouveront aussi le plaisir de revisiter en mémoire des œuvres de grands musiciens qui ont habité sa vie et celle de sa famille. Tout comme Léon son mari plus âgé qu’elle de dix ans, elle a fait ses études à Paris pour obtenir son diplôme d’enseignante. De familles aisées et aidés par l’Alliance Israélite Universelle ils ont pu réaliser leur rêve de pouvoir faire leurs études en France, avant de retourner enseigner à Alexandrie. Bien qu’ayant fait connaissance de Léon alors qu’elle était encore adolescente, ils ne se sont retrouvés que lors de sa première affectation dans le même établissement. Leur mariage s’est déroulé dans la plus stricte intimité, en l’absence de la famille éclatée. Leurs idées progressistes se sont exprimées en dérogeant à la tradition qui fait que seul un anneau est passé au doigt de la fiancée lors de la cérémonie. Eux, ont tenu à ce qu’un autre soit également passé au doigt du fiancé, concrétisant ainsi leur conception de l’égalité et de la réciprocité, une volonté qui les accompagnera toute leur vie. Bien que respectueux de leur religion ils ne l’ont jamais pratiquée assidument. Des fibres solides les ont toujours réunis à la France et c’est dans ce pays, et précisément à Marseille qu’ils ont pu demeurer de nombreuses années et finir leur vie, réalisant ainsi leur rêve de toujours. Un bon livre qui nous est proposé par Elisabeth PUJOL.

                

Sauveur PINATEL

Lu pour vous

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PAS DE MAUVAISES NOUVELLES J’ESPERE ?

D’Henri ESTEBE

 

Comme beaucoup d’autres j’ai attendu la parution du dernier livre d’Henri ESTEBE et dès  la page quatre de couverture, j’ai saisi son invitation à prendre place sur le manège qu’il nous propose pour retrouver les personnages de papier qui peuplent son livre. Le titre à lui seul a excité ma curiosité, et je dois dire que j’ai passé un agréable moment de lecture. Toujours présente, son imagination débordante me garantissait le plaisir que j’ai souvent pris à le lire. Et tour après tour, emporté dans le tourbillon de la vie de ses acteurs, j’ai pu vivre leur propre situation. Celle de cet enfant en crise d’adolescence, celle de cette jeune femme dont le rêve d’une relation amoureuse est ramené à la réalité, par un comportement purement professionnel de l’homme sur lequel elle s’était mise à fantasmer, et toutes celles que je ne dévoilerai pas ici par soucis de les laisser découvrir par les lecteurs. Je voudrais cependant souligner l’intérêt particulier que j’ai accordé, parmi les vingt-deux histoires, à trois d’entre elles :

« ON A TOUS UN BANC » ; Et comme le dirait la mère Denis,< c’est ben vrai ça>. La poésie s’est installée sur le banc qui nous est proposé et sur lequel on se pose volontiers pour y méditer. Henri a su lui donner une âme, et ce de belle façon.

« L’ANNAPURNA » ; Une nouvelle qui met en scène un couple qui se trouve en opposition de comportement, au cours d’une période de vie difficile, où la volonté de résistance est la motivation de l’un, et l’abandon la faiblesse de l’autre. S’accrocher à la vie ou s’abandonner à la mort, le choix à faire reste libre.

« TROIS PETITES NOTES BLEUES » ; Emouvante histoire d’un combattant de la guerre 1914-1918 qui avait échappé à la mort dans l’enfer qu’il a vécu sur le front, et qui sera victime d’un accident de train alors qu’il était permissionnaire, ce qui fera de lui un handicapé à vie. Lourdement marqué par la disparition de ses amis de combat, il ne retrouvera plus la paix de l’âme et ces souvenirs viendront obscurcir le ciel de sa vie. Seul son accordéon lui permettra d’entrevoir quelques rayons de soleil .A la question bonnes ou mauvaises nouvelles, chacun aura son idée, mais il est certain que le style d’écriture d’Henri ne laissera personne indiffèrent.

 

S.P.

 

L’éditeur d’âmes
De Marcel BARIL

Des ingrédients bien choisis parmi lesquels l’étrange cohabite avec la vie de tous les jours, l’amour et la cruauté se tiennent par la main et la douleur et le plaisir se partage le même espace. Un zeste de polar et une rasade de poésie, et voilà la recette aigre douce concoctée par l’auteur pour nous proposer ces histoires. Ce n’est pas un menu à la carte, mais un plat du jour, spécialité de Marcel qui nous est proposée. Son imagination prolifique nous fait voyager en permanence entre réel et fiction. La mort souvent présente peut nous paraître obsessionnelle, peut-être aussi n’est-elle qu’une cible virtuelle à détruire par l’humour et la dérision, armes dont on peut disposer pour notre défense. Se recentrer sur la supériorité de l’esprit sur la matière, doit nous permettre de surmonter le torrent tumultueux qui n’est rien d’autre que la vie. On retrouve dans les écrits de Marcel la même sensibilité qui se dégage de ses tableaux. L’artiste établit et souligne un lien permanent entre la terre et l’espace. Même si dans sa dédicace il conseille de ne pas prendre ce petit livre trop au sérieux, il n’en reste pas moins qu’il entretien tout le questionnement qui est le mien.

S.P.

Histoires enchantées de Sedona

de Marie-Gabrielle GAY

 

 

 

     C’est la découverte d’une région américaine située en Arizona à quelques encablures du Mexique, à l’ouest des villes de San Diégo et de Los Angeles, qui nous est présentée à travers les différents récits qui la mettent en valeur. L’auteure nous fait partager son attachement à cette terre qui compte beaucoup pour elle, et dont la description nous laisse imaginer le plaisir que nous prendrions à la visiter. Mais au-delà de la beauté de ces décors soutenue particulièrement par les couleurs qui la composent, les contes écologistes et fantastiques font renaitre en nous la candeur de l’enfance qui n’est jamais bien loin, innocence que nous aimerions bien voir habiter les têtes blondes et brunes des enfants d’aujourd’hui. Chaque récit se définit par une leçon de morale qui peut paraître un peu ringarde aux yeux de cette jeunesse du XXIe siècle, plus habituée à la pratique de jeux où la violence et la destruction tiennent le devant de la scène, sur laquelle « le méchant » occupe systématiquement l’espace. Misons qu’après lecture de ces simples  histoires, nos chérubins succomberont aux chants des sirènes qui leur sont proposés. On peut dire que cet ouvrage se substitue aux leçons de morale qui étaient dispensées dans les cours élémentaires, aux générations du XXe siècle et qui pourraient être remises à l’ordre du jour dans l’intérêt même des enfants. Un moment de lecture agréable par la légèreté qui remue ce qui reste d’enfance en nous.

 

S.P.

                                   Apartés 


d'H-M Polvan

 

     Comme un fétu de paille emporté par un vent capricieux, nous sommes propulsés vers des horizons multiples, à la découverte d’une sensibilité qui se nourrit de toute la matière des choses. Cela se retrouve dans la poésie qui se dégage de cet ouvrage.
D’une mer agitée à l’écume rageuse, du ciel sombre et lourd, nous passons à l’éclat du soleil perçant un coin de ciel bleu et à une eau plus calme, sans transition et par alternance permanente, ce qui se traduit par une musique qui exprime à la fois  la tristesse et la gaité, le bonheur et la souffrance, la mélancolie et l’espérance. C’est au milieu de tout cela que la vie trace son chemin, comme le fait une proue écumeuse de navire qui laisse derrière elle un sillage qui se dilue jusqu’à disparaitre. Et « les missives du vent » nous laissent l’impression que nous en sommes le destinataire. Une large palette de style d’écriture nous est offerte par H.M Polvan, ce qui nous permet de le connaitre mieux et qui confirme son indeniable talent d’écrivain.
Un bon moment de lecture.  

 

S.P.