Au tout début il y avait un roman: "Un rez de chaussée au paradis", roman d'un ancien membre de notre troupe, Roger Genre. Ce roman, oublié, est ressorti par son frère de la malle aux souvenirs après son récent décès. Nous avons voulu ici lui rendre hommage, lui redonner voix.

Pour le théâtraliser nous avons choisi une succession de séquences courtes, une mosaïque composant un paysage d'humanité rugueuse, galerie de survivants dans un lieu abandonné de la civilisation, sorte de ghetto de pauvres. Ce panel d'humains s'ébroue à la lisière des boulevards où vivent de bons bourgeois qui ne manquent pas de compassion à leur égard, mais cette compassion est intrigante, voire suspecte à leurs yeux. C’est que le langage et ses intentions n'ont pas le même sens selon à qui ils s'adressent. Qui sont vraiment ceux d'en face ? La réponse est sans appel et sans nuance: Ce sont des étrangers dont il faut se méfier, on ne comprend pas toujours ce qu'ils disent et encore moins ce qu'ils pensent.

Les extraits retenus tournent essentiellement autour de la figure du Vieux, le père du narrateur, impérial et fêlé, trônant en commandeur tyrannique dans sa Baraque. La langue cogne dans tous les coins, excessive, truculente, scatologique, sorte de désespérance tonitruante pour cacher la misère tant physique que morale.


L’auteur :

Roger Genre, cheminot et syndicaliste durant sa vie active, a toujours été passionné par la littérature, le cinéma, le théâtre.

Jean Malrieu, poète marseillais, apparenté aux surréalistes, fondateur entre autres des revues "Sud" et "Action poétique", le présentait ainsi en 1959 :

"Antoine Oggart (c'était son nom de plume) écrit une chronique des temps modernes. Tout ce qu'il rapporte est vrai, il décrit ce qui l'entoure, ou plutôt il écrit ce qui existe à partir de la réalité. Le procédé tient de la fresque, il amplifie sans cesse, n'est à l'aise que dans l'élément de l'invraisemblable sans n'avoir jamais abandonné le vrai. Sa plume est trempée dans le vitriol, son style est une lave."


Michel Volpes




Texte Jannick en début de spectacle


" Ce texte, bon ou mauvais, n’en demeure pas moins une longue marche, si l’on veut en apprécier le cheminement, cheminement d’une tendresse acide, jusqu’à la brutalité, parfois grotesque, de l’amour des hommes.

A chaque fatigue, une halte. Pour aller en son bout, il faut ménager sa lecture…Ici, l’insulte, la vulgarité, l’outrance ; sont les masques de l’impuissance à s’en sortir.

L’arme de ceux qui n’en non pas…

Ces lignes sont nées d’un coup de sang, dans une époque de sortie de guerre abominable pour les civils, sortie de guerre où tout un chacun était en droit de rêver à la grande espérance, grande espérance aussitôt malmenée par les douleurs de la pauvreté endémique…Alors que les nantis s’alanguissaient et manifestaient leur mal vivre dans un « Sans but », ils disposaient de plus d’argent que de biens à acheter… Un salut à « Bonjour tristesse », aux « Gens » pétris d’ennui de ne plus savoir quoi faire de leur peau.

Dans la première partie, le narrateur a l’âge de la grande surprise, l’émoi, la sensation particulière…celle de pouvoir féconder…Ceci, se passe dans l’ère de la morale, toujours pour les mêmes. Celle qui fait dire à un homme devant une issue: « Après vous, Madame ». Alors, que cela n’est que prétexte pour mieux apprécier, contour, volume, et mouvement de sa chute de reins. Morale hypocrite d’un trou du cul. "




    

Antoine OGGART

Un rez-de-chaussée au paradis

La petite édition
Collection témoignage

 

Note de l’éditeur

   Fallait-il éditer Un rez-de-chaussée au paradis ? 
   L’équipe de La petite édition n’a pas manqué de se poser la question en découvrant sa facture pour le moins déroutante, véritable défi aux lois sages de la littérature.
   La réponse est venue du passé. Du côté de Tropique du cancer de Miller (1936 - 1961) qui défraya la chronique littéraire, fit l’objet de plusieurs procès et fut vendu à plus d’un million d’exemplaires. Il annonçait les Ginsberg, Mailer et surtout Kerouac (Sur la route 1957).
   Un rez-de-chaussée au paradis a été écrit en 1959. Son auteur est aujourd’hui décédé. Il appartient, d’une certaine façon, à ce même creuset et utilise une écriture dite « spontanée » qui cherche à traduire au plus près le réel, en recourant à toutes les dérives possibles du langage, qu’il s’agisse de décrire la misère ou la violence, d’évoquer le désarroi ou la désillusion ou encore de brosser le tableau de tous les comportements possibles liés à la promiscuité, à l’alcool ou au sexe.
   Le lecteur va rencontrer les mots les plus crus, se frotter aux scènes les plus choquantes, faire d’incessants allers et retours entre le Coin et le Boulevard, pris entre attraction et répulsion, parce que l’auteur se voulait à l’intérieur même de la langue et l’a explorée sans retenue, dans ses multiples excès, afin de peindre une vaste fresque sociale. Il reste qu’un souffle de vraie vie passe dans ce manuscrit ponctué au final par un message d’espoir.
   Il trouve toute sa place, à nos yeux, dans notre collection Témoignage.

 

Préambule

On peut être heurté par la violence de son style, c’est tant mieux. La tonalité de l’œuvre d’Antoine Oggart est telle, qu’une critique de détail est vaine. Son style est une lave. A d’autres d’examiner les scories.
Antoine Oggart écrit une chronique des temps modernes. Tout ce qu’il rapporte est vrai, il décrit ce qui l’entoure, ou plutôt il décrit ce qui existe à partir de la réalité. Est-ce vision, est-ce conscience extra-sensible ?
Un exemple si l’on veut : Combien en avons-nous vu des ivrognes sur le trottoir, qu’une fausse sollicitude de la foule entoure ? Chaque parole apitoyée des spectateurs, A. Oggart la voit se transformer en crachat.
Sa vérité, c’est l’invention réaliste. Elle naît dans une accumulation réaliste de l’humour le plus noir, jailli de l’absurde, grandit et se transforme en un incendie de folie. Elle atteint les limites de l’insoutenable, elle dénonce. Le procédé tient de la fresque : il amplifie sans cesse, n’est à l’aise que dans l’élément de l’invraisemblable sans avoir jamais abandonné le vrai. Sa plume est trempée dans le vitriol. Parfois elle s’emporte et l’auteur lui-même semble soulevé par son œuvre et nous couvre de ses rires comme des deux ailes de ce qui est notre folie.
Le narrateur d’Un rez-de-chaussée au paradis est ici un garçon de quinze ans qui rapporte selon la langue et les expressions du milieu la vision d’un monde misérable dans lequel il vit et auquel il veut échapper pour accéder au bonheur, à la liberté.
Roman noir, peut-être, puisque seul le héros atteindra le « Boulevard ». Roman social, tourmenté, contradictoire. Mais surtout roman de l’innocence.
A. Oggart est un barbare au cœur vierge dans la ville moderne. Il s’est balafré le visage et a couvert ses habits de boue. Ainsi les prudes s’écarteront de son passage.
Quant à moi, je souhaite que les lecteurs de l’extrait que nous présentons sachent reconnaître, sous un masque rabelaisien et ubuesque, l’homme intact et pur qui ne connaît d’autre pudeur que celle du cœur.

         Commentaire de Jean Malrieu
                       Revue Acte du sud n° 5 en 1959

 

Avertissement

Cet ouvrage, bon ou mauvais, n’en demeure pas moins une longue marche, si l’on veut en apprécier le cheminement, (d’une tendresse acide, jusqu’à la brutalité, parfois grotesque, de l’amour des hommes) à chaque fatigue, une halte. Pour aller en son bout, il faut ménager sa lecture. Ici, l’insulte, la vulgarité, l’outrance sont les masques de l’impuissance… à s’en sortir.
L’arme de ceux qui n’en n’ont pas.
Il est né d’un coup de sang, dans une époque de sortie de guerre abominable pour les civils, sortie de guerre où tout un chacun était en droit de rêver à la grande espérance ‒ grande espérance aussitôt malmenée des douleurs de la pauvreté endémique. Alors que les nantis s’alanguissaient et manifestaient leur mal vivre du « Sans but », ils disposaient de plus d’argent que de biens à acheter. Un salut  « Bonjour tristesse »  aux « Gens » pétris d’ennui de ne plus savoir quoi faire de leur peau, tant ils ont de l’argent.

Dans la première partie, le narrateur a l’âge de la grande surprise, l’émoi, la sensation particulière, celle de pouvoir féconder.
Ceci se passe dans l’ère de la morale toujours pour les mêmes. La sodomie était sensée donner du muscle au sentiment d’amour, alors que l’on savait que ça ne pouvait qu’affaiblir celui du trou du cul. Il en fut de même de cette formule de politesse, devant une issue : « Après vous, Madame ». Alors que cela ne fut que prétexte, mieux apprécier contour, volume et mouvement de leur chute de reins.
Hélas ! bien des choses sombrèrent plus tard dans la connerie générale, ceci, même dans ce milieu des extrêmes : parler du sexe, poser la question : « Comment se font les enfants » était de la délinquance morale… C’était aussi celle de la chasteté poussée jusqu’à l’hypocrisie délirante.
Une fille cédant aux impératifs de la nature était une fille perdue, la dernière après celle inconnue, abandonnée par tous, condamnée à disparaître dans l’anonymat. Elle était le ventre du Diable. Le doigt moralisateur la désignait à la lapidation des mots qui tuent : « Fille sans vertu, fille mère, fille possédée du démon des sens. » La fanfare de l’église apostolique catholique chrétienne et romaine ouvrait la marche.
Le mec, lui, soûlographe cuvant sa puissance de Mâle, était un fortiche, un tombeur, un bandeur. Un ’’Homme’’ quoi !!! 
Dans le petit monde d’Emile, cela semblait être de même, et pourtant…

     
La vidéo

Fallait-il sortir de ce qui ressemblait à un camp de réfugiés quelques pépites et en faire une adaptation pour le théâtre ?
Lucien BLOISE l’a fait avec courage et défiance, remplissant par ce geste le rôle qui, selon moi, incombe aux compagnies de théâtre amateur. Cette histoire c'est passée il y a très longtemps, un lendemain de guerre, c'était il y a cent ans, puis cinquante, c'était hier... Ouvrez bien vos yeux, regardez autour de vous cela ce passe encore de nos jours.

 

 

 

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