La disparition de Josef Mengele
Prix Renaudot 2017

Olivier Guez, couronné du Prix Renaudot 2017, deuxième suprême récompense de la Francophonie, pour son livre « La disparition de Josef Mengele » édité chez Grasset, est formel. Avec force-détails, il aligne les éléments collectés au fil de ses minutieuses recherches sur la cavale de Mengele, ceux qui l’ont conduit à penser que tout n’a pas était fait pour éradiquer du globe, l’idéologie nazie !
Comment le médecin SS tortionnaire d’Auschwitz a-t-il pu passer entre les mailles du filet trente ans durant ?
A cette époque, partout dans le monde, on veut oublier les crimes nazis. Ce qui arrange bien l’impérialisme américain, trop occupé par la chasse aux sorcières communistes.
Le Chef des Alliés fabrique ainsi un monde bipolaire où il installe un climat de guerre froide qui va durer de 1947 à 1991. Un demi-siècle pendant lequel, il va asseoir sa domination et régner sans partage !
A travers le récit époustouflant du roman historique d’Olivier Guez, nous plongeons au cœur des ténèbres de l’univers corrompu par le fanatisme, où sont mises en évidence l’impunité, voire la complicité, dont jouira l’ancien médecin-bourreau et criminel de guerre, réputé comme le symbole de la cruauté nazie.
Dès 1949, Josef Mengele arrive dans une Argentine bienveillante. L’Argentine de Peron.
Caché derrière ses pseudonymes, il croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. Il se sent tellement à l’aise en Argentine, qu’il y fait établir un passeport à son vrai nom par l’ambassade d’Allemagne. Mais son obsession de prouver la supériorité de la race germanique, d’opérer clandestinement, de faire fructifier son argent, de poursuivre ses ambitieux projets politiques, comme si rien ne s’était passé, signe la marque débordante de l’épanouissement d’une personnalité véritablement établie dans le sadisme, la violence et la cruauté.
Entretenu et chouchouté par sa famille, riches industriels catholiques, nationalistes, restés en Autriche, il vit confortablement et en toute tranquillité, entouré de femmes cupides et de dictateurs d’opérette. L’ancien officier SS y côtoie ses semblables. D’anciens agents du Mossad et tortionnaires de tous poils, tous bien installés et blanchis aux frais de la princesse, dans une Amérique du Sud hospitalière et peu regardante.
Mais la traque de Mengele reprend. Il doit s’enfuir au Paraguay, puis au Brésil.
Déguisé et rongé par l’angoisse. On suivra son errance de planque en planque. Il ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort, en 1979, sur une plage, mystérieusement tenue secrète pendant six ans.

Si, en 2017, le sujet du nazisme hante toujours autant mémoires et consciences, l’attribution de pareils prix Goncourt (à Éric Vuillard pour « L'ordre du jour » édité chez Actes Sud) et Renaudot, offre la superbe occasion d’attirer l’attention du public le plus large et de révéler l’inquiétude profonde des intellectuels de notre pays.
Le sentiment d’un malaise diffus ressenti pendant la lecture, procuré par l’indulgence faite aux nazis, écœure et vient nourrir l’actuelle crainte face à la montée de l’Extrême-droite en France et en Europe.
Le lien entre l’impunité d’hier et le malaise d’aujourd’hui, ne serait-il pas, tout simplement, celui angoissant de l’héritage ?


Le 12 avril 2018, Marine Saint Persan

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Marine SAINT PERSAN

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