Missives du vent

Henri-Michel POLVAN

par Yves CARCHON

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Au Bonheur des dingues(suite)

Henri-Michel POLVAN

par Henri ESTEBE

   J’ai une dernière communication à faire par  rapport «  Au bonheur des dingues ».
   Souvenez-vous, il y a peu la petite édition vous a offert une belle soirée.
   Henri Michel Polvan, quel créateur, quel alchimiste. Minutieux aussi, comme ceux qui vont chercher des brindilles dans la sombre futaie de la folie ordinaire.  
   Et dites-moi, cette façon d’entrouvrir le coffre-fort du langage pour s’y faufiler. Du talent certes, mais que d’insomnies, que de migraines pour approcher de la flamme qui transfigure. Attraper des ailes, décoller au firmament, vivre cette fascination  pour la création.
   C’est le travail qui le tient. Mille causes, mille démangeaisons, celles qui provoquent la sensation de saines brûlures. Celles qui le ramènent toujours dans le sillon qui est le sien, ici la fiction, le rêve, la folie ordinaire. C’est là qu’il charrue, qu’il laboure, brouilleur de pistes infatigable, persuadé que rien n’est plus vide que celui qui s’embrouille dans un réalisme besogneux.
   Certains ont voulu tracer une différence avec certains de ses écrits, mais il n’y a pas de fossé dans son jardin. Toujours le même remblai, le même terreau qui donne une belle force à sa langue.
   On est très loin de la nourriture Mcdo de l’esprit aussi désespérante que des pilules pour astronautes.
   J’avais une folle envie de renaître à la « belle écriture ».
   C’est fait.

 

H.E.

On croit savoir où se situe le Ponant. Mais le Polvan ? Non, ce n’est pas un pôle (ou alors le pôle Sud), ni même un vent (le mistral pourrait faire l’affaire). Non, le Polvan est une langue haute, noble, splendide, émaillé de camées et d’émaux comme dirait Théophile, qui à la fois sent la garrigue, nous plonge dans l’ombre d’une gorge, nous montre un ciel semé d’étoiles où logent les poètes, ces vagabonds aux cœurs et aux semelles de vent. La Grand Ourse nous regarde. Nous avançons sur le grand Chemin de la vie pareil au Bateau ivre. On rit — car Polvan n’oublie pas qu’il faut être léger ; on s’émeut, laissant choir son menton, pensant que le soleil est bien trop chaud pour entamer sa promenade. L’anisette n’est pas loin. Et on reprend ces discursives Missives en écoutant vrombir le taon. Un lézard passe, traversant la tonnelle. Quand on est bon lecteur, on comprend vite que notre auteur a bu aux rondes mamelles surréalistes mais ce serait ranger ce franc-tireur sous une bannière qui ne peut être que réductrice. Le visiteur si attentif de Malrieu est un poète à la prose charnelle, envoûtante, goûteuse, pleine de pleins et de déliés, tranquille, mimant la joie quand il s’agit de gravité, qui porte son lecteur vers des territoires collineux où errent les âmes de Char, Apollinaire, Breton, Soupault, Desnos et quelques autres... Terres d’élection qui exigent la rigueur de l’amour comme la faiblesse de l’amitié, la lame des déconvenues, la gouge de l’espoir. Dans ces lettres malicieuses, adressées à un « tu » que l’on sent proche du poète (et qui n’est peut-être que lui-même ou un autre poète), s’inventent des métamorphoses au creux de chaque ligne. Henri-Michel Polvan est magicien du verbe et il sait bien que ses Missives ne sont pas aussi minces qu’il paraît le prétendre, même si elles parodient parfois Les lettres de mon moulin. Notre Midi est là, solaire, avec un ciel vibrant, débarrassé des lucioles de la nuit où s’ébroue le passage du Temps, traînant dans son sillage des pépites de sens d’où naît la poésie, cette tension entre deux paroxysmes : la Mort et la Beauté. La Mort, n’en parlons pas ou en couplets diaphanes. Parlons de la beauté qui parcourt ces Missives du vent, cousus de mots diaprés, ô combien délicats, piochés dans la besace des Illuminations.

 

 

                                                    Yves CARCHON