Lucien FRAU

                                                      GARGOUILLE

 

La petite histoire fantastique de cette eau qui gargouille au bassin des fontaines fraîches et qui est notre droit.

Un visage aux dimensions surprenantes affligé d’un sourire, ou plutôt d’une grimace joviale, une gargouille qui par sa bouche offre une eau claire et rafraîchissante, une sculpture faite par l’homme pour évoquer et capter le génie des sources.

Une fontaine où se pencha une femme avec son enfant au bras, de sa main gracile elle humecta le visage du nourrisson de cette eau scintillante sous le soleil.

Un sourire éclaira leurs visages, s’apaisant par cette eau, sous le regard sympathique de la gargouille ; une énergie vitale et limpide apportée par le travail des hommes est donnée par la bienveillante déesse des eaux, précieuse à nous abreuver et nourrir la terre.

C’est sur ces entrefaites qu’arriva un camion entouré de vigiles, qui chassèrent la femme et l’enfant pour capter l’eau et mettre un des éléments essentiels de la vie en bouteille plastique, afin de la vendre très cher.

Ainsi le monde se tait sèchement, en considérant cette substance comme une marchandise, mais essentielle à nos être et à toutes la faune et la flore ; son accès doit être mesuré justement et partagé équitablement, de ce geste recueillant au creux de la main la substance d’une fontaine de jouvence appartenant à tous les peuples de la terre.

Alors ceux qui acceptent le non-sens, de croire que leur appartient la merveilleuse composition qui peut être brume, pluie ou glace et qui n’a pas de prix, au même titre que l’air, les nuages et les océans ; ceux-là même adeptes d’une conception de l’existence vouée à la seule avidité de leur profit personnel ne peuvent déjà être que de l’autre côté du Styx, ce côté de la berge immonde des possédés ;sans espoir d’être un jour désaltérés et sereins; tant aliénés qu’ils sont dans leur tour de verre, déshabillés, scaphandre vide de leur expression fantomatique, celle d’un démon gardien du temple désertique des enfers sans rivière ni mer.

Revoir la femme et l’enfant baignés de joie sous les gouttes de cette fontaine vivifiante ne tient qu’à nous, à notre capacité de protéger et partager les biens de l’humanité et du travail des hommes dans le respect de chacun.

Retrouver nos fontaines est bien un symbole de paix et d’espoir en un monde meilleur, préserver là où la gargouille sourit à l’enfant, rappelant que le bonheur d’une société humaine est un combat; car de ses amusantes lèvres grimaçantes, c’est l’âme de la nature qui rejaillit; celle de la perpétuation de la vie.

 

L’EAU EST UN BIEN INALIÉNABLE DE TOUTE L’HUMANITÉ

 

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